Le kitsch écologique

Voici mes notes brutes & sources utilisées

Expliquer en quoi l’écologie est devenue kitsch et en quoi c’est un problème.

Kitsch = négation de la merde & mièvrerie + faire du neuf avec de l’ancien

Dans les années 70, l’écologie réfléchissait à des organisations décentralisées avec des mises en pratique effectives, etc. Or on est passé à une écologie in-vitro pilotée depuis les mégastructures du pouvoir, loin, très loin des individus cherchant à expérimenter le monde sans le détruire. L’écologie est devenue synonyme de conservation plus que d’invention et qui dit conservateur, dit « rance ».

Expérimenter le monde sans le détruire, c’est ce que je tâche de faire. OK pour comparer les bilans carbones avec mes exemples du jour : Greta Thunberg, Juliette Binoche et Aurélien Barrau. Peut-être Pablo Servigne.

Ne pas oublier que nous sommes tous kitschs. Sans cela nous serions morts de dépression. Seulement voilà, il y a une question de degré dans la kitschitude et là, ça va trop loin, à l’évidence.

Le problème de l’écologie

  • Qu’est-ce que l’écologie ? Je ne sais pas, ou plus. À une époque on la cherchait mais aujourd’hui elle est partout et sert de raison à tout. Comme la vie.
    • Les militants non plus ne savent pas quand on leur demande ou alors ils répondent « protéger la biodiversité ! » Ah oui : et c’est quoi la biodiversité ? Pourquoi la protéger ? Au nom de quoi ? Plein de mots devenus autosuffisants crachés par des dépendants du supermarché. L’écolo est bien incapable de citer le nom des insectes qui disparaissent : il connaît juste les « chiffres » (combien ça coûte ?), ce qui trahit son rapport au monde 100% quantitatif.
    • L’écologie est surtout défendue par des citadins qui mangent des fraises en barquette et arpentent la planète en avion.
    • « Le vote écolo est beaucoup plus fort dans les villes importantes, notamment les villes universitaires, et faible dans le monde rural » (cf. Le Parisien)
    • L’écologie est devenue une pratique urbaine qui a pour moteur la compensation morale (self-licensing)
    • Écologie = science car suffixe -logie = mais science vague à base de syncrétisme qui veut et prétend gouverner = la dernière fois qu’on a eu ça, c’était la biologie avec les nazis ou… la théologie… = c’est du vu et revu, cf. Hermann Broch : le kitsch nous repasse les plats.

Exemples du kitsch écologique comme « négation de la merde » :

  • Le loup a tué 12,500 bêtes en 2018 ; brebis éventrées etc. sans qu’un seul militant écolo se prenne d’aller organiser des caméras cachées des massacres.
  • Kitsch = vegan = tout va être propre, pas de merde derrière mon assiette, je mange « pur »…
  • Tout ili bo ili gentil ; mais cf. chiens par exemple qui chient partout et mordent 500,000 personnes par an en France, pour 60,000 hospitalisations.
  • La mode du SUV comme autre exemple du pharisianisme kitsch — les ventes explosent, plus d’un tiers des voitures vendues en France et en constante progression.

Aurélien Barrau & Juliette Binoche

  • “Montrer l’exemple n’est pas la meilleure façon de convaincre : c’est la seule.” (Gandhi)
  • D’où je parle moi : mon bilan carbone est à disposition et je suis prêt à comparer avec la gosse Greta Thunberg, Aurélien Barrau et sa copine Juliette Binoche qui arpente le monde en avion cf. son Instagram
    • Tribune du Monde en septembre 2018 : Il est trop tard pour que rien ne se soit passé : l’effondrement est en cours. La sixième extinction massive se déroule à une vitesse sans précédent. Mais il n’est pas trop tard pour éviter le pire. Nous considérons donc que toute action politique qui ne ferait pas de la lutte contre ce cataclysme sa priorité concrète, annoncée et assumée, ne serait plus crédible. Nous considérons qu’un gouvernement qui ne ferait pas du sauvetage de ce qui peut encore l’être son objectif premier et revendiqué ne saurait être pris au sérieux. Nous proposons le choix du politique – loin des lobbys – et des mesures potentiellement impopulaires qui en résulteront. C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire.
  • Aurélien Barrau ne veut pas de la 5G mais c’est pourtant grâce à AT&T (Bell Labs) qu’on peut écouter le CMB cosmic microwave background ! — Fond diffus cosmologique

Le kitsch selon Milan Kundera

Définition par Kundera…

Kundera : « au royaume du kitsch s’exerce la dictature du cœur ».

Le chapitre-clé de L’insoutenable légèreté de l’être, un chapitre qui porte entièrement sur le kitsch:

« […] Derrière toutes les croyances européennes, qu’elles soient religieuses ou politiques, il y a le premier chapitre de la Genèse, d’où il découle que le monde a été créé comme il fallait qu’il le fût, que l’être est bon et que c’est donc une bonne chose de procréer. Appelons cette croyance fondamentale accord catégorique avec l’être.

Si, récemment encore, dans les livres, le mot merde était remplacé par des pointillés, ce n’était pas pour des raisons morales. On ne va tout de même pas prétendre que la merde est immorale ! Le désaccord avec la merde est métaphysique. L’instant de la défécation est la preuve quotidienne du caractère inacceptable de la Création. De deux choses l’une: ou bien la merde est acceptable (alors ne vous enfermez pas à clé dans les waters!), ou bien la manière dont on nous a créés est inadmissible.

Il s’ensuit que l’accord catégorique avec l’être a pour idéal esthétique un monde où la merde est niée et où chacun se comporte comme si elle n’existait pas. Cet idéal esthétique s’appelle le kitsch.

C’est un mot allemand qui est apparu au milieu du XIXe siècle sentimental et qui s’est ensuite répandu dans toutes les langues. Mais l’utilisation fréquente qui en est faite a gommé sa valeur métaphysique originelle, à savoir : le kitsch, par essence, est la négation absolue de la merde; au sens littéral comme au sens figuré : le kitsch exclut de son champ de vision tout ce que l’existence humaine a d’essentiellement inacceptable. »

L’insoutenable légèreté de l’être ; 6e, partie, 5e chapitre, p. 356-357

Résumé la thèse de Kundera en cinq points:

La source du kitsch est l’accord catégorique avec l’être;
Le kitsch est un idéal esthétique où la mort et la merde sont niées, où celles-ci sont cachées derrière un décor d’allégresse ;
Le kitsch est totalitaire : il aspire à la fraternité de coeur de tous les hommes ;
Le kitsch a partie liée avec l’idylle ;
Personne n’est entièrement dépourvu de kitsch.

SOURCE : Kundera face au kitsch

Kitsch = le sentimentalisme, sous la forme du lieu commun, et l’adhésion à l’être

L’homme kitsch : Aurélien Barrau

le romancier insiste particulièrement sur la vertu spéculaire de la posture kitsch, c’est-à-dire sur son analogie avec l’image que le miroir renvoie de nous-mêmes. Lorsqu’il y succombe, l’individu fait de l’attitude kitsch un usage réflexif; un reflet dans lequel il façonne la vision et le sentiment de son être.

Il travaille à son autoportrait, autant dire à la représentation –aux deux sens de ce terme –en laquelle s’épuisera sa propre (mé)connaissance de soi. «Aux deux sens du terme» représentation: cela signifie que l’homme-kitsch trouve dans ce miroir l’image qui lui permet d’être présent à ses propres yeux; il se regarde, se contemple et, se contemplant, il se joue à lui-même la pièce de sa vie, dans laquelle il s’assigne le plus gratifiant des rôles possibles. L’attitude kitsch est une représentation théâtrale que l’individu interprète pour lui-même, un mensonge à soi –«mensonge embellissant», précise Kundera.

L’homme-kitsch est-il sincère dans son mensonge? Tout porte à croire que pour fonctionner, cette auto-illusion doit, à ses yeux, passer inaperçue et être tenue pour le réel.

Jamais un indice dans la narration kundérienne ne vient suggérer que ses protagonistes seraient en proie à quelque mauvaise foi sartrienne. Les personnages de Kundera «collent» sans reste à l’apparence dont les revêt leur égocentrisme exacerbé.

Comme Narcisse fut subjugué par sa beauté, l’homme-kitsch l’est par l’idéal qu’il est persuadé d’incarner. Cet idéal a partie liée avec le sentimentalisme : face à sa propre bonté, à sa noblesse d’âme, l’homme-kitsch est saisi d’émotion, parfois jusqu’aux larmes–des larmes qui se nourrissent en retour, car de s’observer à tel point ému, il achève de s’étonner lui-même et s’extasie tout circulairement de cette capacité à s’émouvoir.

Nul n’illustre mieux que les Romantiques du XIXesiècle –ces «pleurards à nacelles», selon l’expression de Musset –l’exaltation que procure les outrances du sentiment. Victor Hugo ne l’entendait sans doute pas de cette oreille, mais sa définition de la mélancolie: «le bonheur d’être triste», s’accorde parfaitement à ces symptômes de l’homme-kitsch. Ce n’est pas de sa tristesse en elle-même que le romantique tire satisfaction, ce qui ferait de cet énoncé un paradoxe séduisant du point de vue poétique mais dénué de signification, ou bien un aveu masochiste qui ne coïnciderait nullement avec l’optimisme indéracinable du «grand homme». Non, c’est de son aptitudeà la tristesse que s’émerveille le poète. La vie de l’homme-kitsch oscille, comme un pendule, de la tristesse au bonheur et du bonheur à la tristesse –pour paraphraser Schopenhauer, l’un des premiers contempteurs du romantisme –, ou plutôt les fait cohabiter, tous deux s’alimentant l’un l’autre

— Source : https://ici-et-ailleurs.org/IMG/pdf/anti-kitsch-kundera.pdf

Vidéos d’Aurélien Barrau

Kitsch paramounstesque
à 15’22 « il faut comprendre qu’un certain ascétisme xxxx —- et c’est sexy »

Le Kitsch et les enfants : Greta ThunbergE

Citation de Kundera sur la fraternité et les hommes politiques (Passage de « l’Insoutenable Légèreté de l’Être »)

« La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch.

Nul ne le sait mieux que les hommes politiques. Dès qu’il y a un appareil photo à proximité, ils courent après le premier enfant qu’ils aperçoivent pour le soulever dans leurs bras et l’embrasser sur la joue. Le kitsch est l’idéal esthétique de tous les hommes politiques, de tous les mouvements politiques.

Dans une société où plusieurs courants coexistent et où leur influence s’annule ou se limite mutuellement, on peut encore échapper plus ou moins à l’inquisition du kitsch; l’individu peut sauvegarder son originalité et l’artiste créer des oeuvres inattendues. Mais là où un seul mouvement politique détient tout le pouvoir, on se trouve d’emblée au royaume du kitsch totalitaire.

Si je dis totalitaire, c’est parce que tout ce qui porte atteinte au kitsch est banni de la vie: toute manifestation d’individualisme (car toute discordance est un crachat jeté au visage de la souriante fraternité), tout scepticisme (car qui commence à douter du moindre détail finit par mettre en doute la vie en tant que telle), l’ironie (parce qu’au royaume du kitsch tout doit être pris au sérieux), mais aussi la mère qui a abandonné sa famille ou l’homme qui préfère les hommes aux femmes et menace ainsi le sacro-saint slogan « croissez et multipliez-vous ».

De ce point de vue, ce qu’on appelle le goulag peut être considéré comme une fosse septique où le kitsch totalitaire jette ses ordures. »

Scepticisme VS Fanatisme

La mort peut être perçue de deux façons, qui sont analogues à ce que Kundera nomme les deux types de rire, dans une interview avec Philip Roth pour le New York Times Book Review:

«Man uses the same physiologic manifestations – laughter – to express two different metaphysical attitudes. (1) Someone’s hat drops on a coffin in a freshly dug grave, the funeral loses its meaning and laughter is born. (2) Two lovers race through the meadow, holding hands, laughing. Their laughter has nothing to do with jokes or humor, it is the serious laughter of angels expressing their joy of being. Both kinds of laughter belong amongst life’s pleasures, but when it also denotes a dual apocalypse: the enthusiastic laughter of angel-fanatics, who are so convinced of their world’s significance that they are ready to hang anyone not sharing their joy. And the other laughter, sounding from the opposite side, which proclaims that everything has become meaningless, that even funerals are ridiculous and group sex a mere comical pantomime.»[76].

Kundera en conclut qu’il existe deux attitudes extrêmes dans la vie humaine: le fanatisme d’un côté, et le scepticisme absolu de l’autre. Dans ses romans, il se trouve clairement plus proche du côté du scepticisme: «Unir l’extrême gravité de la question et l’extrême légèreté de la forme, c’est mon ambition depuis toujours.», affirme-t-il dans L’art du roman (116).

SOURCE : Kundera face au kitsch